Pour la 17ème coupe du monde de la FIFA en 2002, la compétition avait débuté le vendredi 31 mai. Un véritable cauchemar ! En effet nous avions décidé de regarder, tous les arbitres ensemble, le match d’ouverture opposant la France (tenante du titre suprême) au Sénégal. Indépendamment du fait que je me faisais chambrer sans arrêt par mes collègues arbitres africains sur la similitude affichée des 2 équipes au point, disaient-ils, de ne les distinguer que par la couleur des maillots, il fût très difficile d’admettre cette défaite ! Nous n’avions pas pu nous rendre au stade compte tenu que ce match se jouait en Corée du sud, alors que nous étions à Kisarazu, la banlieue sud-est de Tokyo. Mais une décision avait été prise…Je verrai les autres matches des Bleus dans ma chambre !
Nous avions déjà connaissance des arbitres pour 36 des 48 matches de groupes. Ce qui signifiait, compte tenu de l’effectif de 36 arbitres et 36 assistants (18 et 18 dans chacun des pays Corée et Japon), 2 désignations pour chaque « referee » – 1 fois arbitre et 1 fois remplaçant.
Les premières désignations d'arbitres...
Gilles Veissière et moi-même étions programmés pour le match Argentine vs. Nigéria, tiens, tiens comme l’histoire se répète. C’était le 2 juin 2002, il y a 8 ans déjà, et c’est aussi une des affiches du mondial qui débute vendredi. Nous y reviendrons prochainement.
Décidément ce France vs. Irlande aura fait couler beaucoup d’encre et occupe une très large partie de l’espace médiatique tant dans le sport qu’en dehors. Déjà la semaine précédent le match aller fût rythmée par cette confrontation de barrage. Puis quasiment une semaine après le match retour le soufflet n’est toujours pas retombé !
Mais qu’en est-il exactement ? Bon d’accord les images sont claires et sans ambiguïté, la main méritait d’être sanctionnée. L’arbitre ne l’a pas vue, pas plus que ses assesseurs. Alors faisons le point de la situation et des protagonistes.
A tout seigneur tout honneur, Thierry HENRY. Il a démontré au cours de sa carrière un profil plutôt fair-play tant dans les contacts physiques que dans les rapports humains. Il se sert donc de sa main, au mieux par réflexe, au pire volontairement. Mais il ignore tout de ce que vont être les dommages colatéraux de cette « mimine ». D’ailleurs combien de fois a-t-il du entendre « jeux de mains, jeux de vilains » au cours de sa jeunesse. Alors c’est vrai c’est pas beau ! Mais il ne mérite pas cette déferlante médiatique le faisant passer pour quelqu’un de non fréquentable. Même si l’aribtre que je ne suis plus regrette cette main, qui n’a rien à voir avec celle de Maradonna (coupe du Monde 1986) délibéremment commise pour marquer et gagner, comme celle de Vata contre l’OM (1990), j’apporte mon soutien moral à Thierry HENRY (et photo pour confirmer). Par ce que c’est une faute de main mais pas une tricherie au sens moral.
DE g. à d. V. Texier, T. Henry, A. Sars, A. Wenger, F. Arnault et T. Chapron lors du match UEFA Champions League Arsenal vs. Sparta Prague 02/11/2005. photo privée DR.
Et maintenant celui qui sera certainement le seul à payer les pots cassés de cette mésaventure : l’arbitre Martin HANSSON. Vous pouvez être certains qu’il aurait bien aimé la voir cette main. Car il risque fort de ne pas être retenu pour le Mondial alors qu’il fait partie des candidats. Et s’il n’y va pas ce ne sera pas tant par cette erreur d’appréciation, car si l’on devait priver de Coupe du Monde tous les joueurs ayant commis des erreurs cela serait du foot réduit, mais à cause et surtout par tout le battage médiatique qui en découle. En fin de compte il n’est ni tricheur, ni voleur, éventuellement mal placé sur le coup, et il sera le seul puni. Il aurait aussi fortement aimé que son assistant lui signale les deux français hors-jeu qui aurait annihiler l’action. Sans cela mon sentiment sur la prestation de mon collègue, moi qui avait la chance d’y être au stade de France, est qu’il a rendu une copie un peu light. Il n’a pas eu l’emprise sur le match et a surtout commis une faute technique à quelques minutes du coup de sifflet final du temps réglementaire lors d’une remise en jeu sur balle à terre. Au point qu’il a déteint sur l’équipe arbitrale, assurant une prestation insipide et sans saveur…Comme le match d’ailleurs !
Et maintenant le public français ! Sans être reconnu expert en psychologie, je crois pouvoir affirmer que tous ceux, français, qui crient à l’injustice et implore un match à rejouer, n’ont ce comportement que parce qu’inconsciemment ils auraient aimé une élimination pour faire payer le sélectionneur pour ses choix, sa vision du football. Ce qui est stupide mais inquiétant. Et qui n’aurait rien changé car éliminés et Domenech viré n’aurait rien apporté de réconfortant. Mais cela pose le débat sur l’identité de l’équipe de France et le soutien, ou plutôt l’absence de soutien qu’elle provoque. Peut-être que tous ces joueurs réfugiés entre les écouteurs des casques audio individuels à longueur de reportages et de rencontres finissent par lasser leurs supporters.
Nous savions, Gilles Veissière et moi-même, depuis le 7 janvier de cette année-là que nous étions retenus pour la 17ème Coupe du Monde de la FIFA. Une version particulière du Mondial puisque co-organisé pour la première fois par 2 pays, la Corée du sud et le Japon, qui avaient en plus la particularité de ne même pas avoir de frontières terrestres communes, l’un étant une île.
Malgré le séminaire du mois de mars à Séoul, l’inquiétude existait toujours quant à un éventuel pépin de dernière minute pouvant nous priver de cette fantastique aventure.
Le mardi 22 mai nous étions donc à l’aéroport Nice Côte d’Azur pour embarquer, via Francfort, vers Séoul terre de football de ce 3ème millénaire. Accompagnés d’amis, nous évoquions déjà notre date de retour possible compte tenu du parcours de l’équipe de France…Sans avoir la moindre idée de ce que seraient nos prestations et les performances des Bleus !
G. Veissière et F. Arnault à l'aéroport de Nice en partance pour Séoul. photo privée DR.
Le match d’ouverture programmé le vendredi 31 mai, l’ensemble des arbitres était convoqué pour le 23 mai à Séoul. Une petite semaine coréenne pour les derniers réglages puis l’effectif était divisé en deux, 36 arbitres et assistants restaient au pays du matin calme et les 36 autres prenaient la direction du pays du soleil levant.
Le film « Les Arbitres » diffusé sur Canal+, et soutenu par La Poste -sponsor officiel des arbitres français et Gaumont – le géant du cinéma- ne pouvait me laisser indifférent.
Pour ce qui est de l’aspect positif de ce docu, il y en a un seul, c’est que l’UEFA ait accepté de laisser des caméras filmer l’envers du décor. Même si c’est l’unique point intéressant, pas forcément aux yeux de tous mais pour les initiés ça l’est, il faut tout de même le relever. Et puis, peut-être aussi, l’utilisation des oreillettes et de la vidéo dirait Frédéric THIRIEZ, le président de la LFP.
Concernant les aspects négatifs, et ils sont nombreux eux ! – notons tout d’abord le titre original du film « Kill the referees ». En français » Tuer les arbitres », on ne peut pas assurer que ce soit le meilleur soutien aux hommes en noir. Et rien que pour cela, il est inadmissible que La Poste l’ait parrainé au point d’en assurer la promotion lors des journées de l’arbitrage sur le territoire national.
Quant au contenu, triste fût de constater que l’image des arbitres en a encore pris un coup sur le casque. Même si les médias, pour une fois, faisaient montre d’allégeance. En effet, on peut facilement retenir de par la répétition des séquences que les arbitres boivent de la bière, profitent de leurs soirées – sur les conseils d’un contrôleur après un match tronqué par une décision éronnée – se parfument dans le vestaire au cas où…Non seulement, pour avoir participé à l’édition précédente de l’Euro (2004 au Portugal), je peux assurer qu’il existe un réel décalage entre les images de ce film et la réalité de cette compétition, mais aussi témoigner d’une ambiance bien plus amicale entre les arbitres que ce que l’on a vu. Aucune séquence à valeur éducative, ou sous un angle pédagogique, qui ne puissent sauver ce triste reportage des abîmes du docu people.
Même pour ce qui est des oreillettes, quand on imagine qu’ils ont dû enregistrer des heures d’échanges entre abritres, c’est pour diffuser l’échange au sujet d’un orage sur la ville qui se dirigerait sur le stade. Déjà je n’aurais jamais pu imaginer qu’on l’invente pour une fiction, alors que dire des réalisateurs qui l’ont en plus inséré au montage. Pour entendre l’arbitre dire au 4ème officiel « shut up » parceque même lui trouvait cela déplacé et inapproprié au jeu. Ce pourrait même être un coup des réalisateurs au montage que cela ne m’étonnerait qu’à moitié !
Ils vous restera à voir le film franco-français, sur l’arbitrage français (donc sans sous-titrage et concentration accrue sur les images) réalisé par dominique BARNIAUD et qui s’intitule « Parole d’arbitres ». Là il y a des images pédagogiques, des messages forts de tous les membres de la famille football, de l’émotion quoi ! Il avait aussi été diffusé sur Canal+ le 15 janvier 2007, mais pas de partenaires pour le lancer. Si ce n’est la LFP qui avait crû en cette réalisation.
A croire que les accrochages multiples et les sanctions nombreuses qu’a vécu Antoine KOMBOUARE lors de la saison dernière à Valenciennes, n’ont servi à rien puisque c’est en provocateur des arbitres qu’il a choisi son banc au PSG. Celui-ci traditionnellement situé à gauche en entrant sur la pelouse, est maintenant à droite, côté arbitre assistant. Et quand le journaliste lui a demandé si c’était pour mettre la pression sur l’arbitre, il tout simplement répondu que « la réponse se trouvait dans la question ». Avant la 2ème journée déjà un coach en franc-tireur, il n’y a donc plus de rounds d’observation, voilà de quoi s’interroger encore une fois sur les bienfaits du rassemblement joueurs, arbitres, entraineurs du début de saison. Cela me rapelle Elie BAUP, alors coach des Verts lors de la 1ère journée à Geoffroy Guichard contre l’AC Ajaccio de Roland COURBIS (SCORE FINAL 0-0), qui avait reconnu après le match dans les vestiaires, que c’était une stratégie que de contester visiblement les décisions de l’arbitre afin de tenter de faire douter, à son avantage, le trio arbitral. Et je rappelle que nous en étions déjà à la 1ère journée tout de même !
Est-ce une spécialité française ou bien y-a-t-il tant de gens désoeuvrés que les supporters en arrivent même à défiler dans la rue pour contester le choix de la couleur et du design des maillots de leur club. Même s’il faut leur reconnaitre une certaine cohérence dans cette volonté de conserver les couleurs et motifs de maillots qui sont l’expression de valeurs locales ou régionales, il faut aussi admettre que l’aspect marketing n’est pas neutre dans les finances d’un club. Mais si ni joueurs, ni dirigeants ne semblent atteints par ces modification toutes mercantiles, c’est la bien la preuve que les seuls qui ne font pas l’objet de transferts lors du Mercato, ce sont les supporters. Les seuls attachés à leurs couleurs en somme !
Certainement encore une expression qui, si elle n’avait été prononcée, aurait propulsé le football au bord du précipice. Lors du match O. LYON vs. VALENCIENNES FC, alors qu’à la 84ème minute GOMIS est remplacé par TOULALAN, Guy ROUX, vous savez l’expert tout terrain du football français, n’a rien trouvé de mieux que de stimagtiser la grande fatique apparente de GOMIS par « il est aussi ccramoisi que mon grand-père un soir de moissons ». Il oubliait de préciser que le match s’était déroulé sous 34° C ! Une comparaison qui n’aura certainement pas nourri l’intellect des téléspectateurs qui pour l’apprécier ont séparer le bon grain de l’ivraie.
PILE OU FACE
Messieurs les journalistes, vous qui êtes si prompts à démontrer, décortiquer, expliquer – parfois sans connaitre – les décisions des arbitres, à faire le Haro sur les assistants. Je déplore haut et fort votre absence de réaction lorsque l’assistant du FC SOCHAUX Mvs. GIRONDINS BORDEAUX FC a validé le 2ème but de Sochaux. Un ballon qui rentre dans le but, et qui ressort, sans flirter avec la ligne – cette compagne de route des assistants – et malgré une nuée de joueurs, c’est une décision difficile et importante dans le déroulement du match, non ?!?! Alors bravo à Stéphane DUHAMEL pour cette magnifique prise de décision.
Beaucoup moins, énormément moins de magnificence et de superbe dans la démarche des arbitres de L1 à l’encontre de la désignation de Claude COLOMBO à la DNA au titre de représentant de la LFP. A la lecture des articles de Guy SITRUK dans France Football de mardi dernier et de celui de Raphaël RAYMOND ce matin dans l’Equipe, bien évidemment je ne prendrai pas partie pour Claude COLOMBO ou Marc BATTA, car mes relations amicales et mon lieu de résidence m’ôtent toute subjectivité et liberté de penser aux yeux du milieu arbitral, soit ! Je ne ferai donc qu’un seul commentaire en faisant appel à ma mémoire. Hervé PICCIRILLO, qui manie fort bien la plume pour défendre au péril de son âme le DNA Marc BATTA, est aussi celui qui, avec la même plume si vendicative, défendait corps et âme Michel VAUTROT, DNA d’alors, à l’été 2003. Il avait déjà co-rédigé un courrier, me semble-t-il, dans lequel il précisait que tous les arbitres et assistants de L1 le suivaient dans sa démarche. Alors qu’en réalité, ils étaient seulement 4 ou 5 à avoir signé sa lettre. Moralité (s’il y en a) : les DNA passent mais les soutiens demeurent.